Eksamen: PSP5800 | Semester: Høst 2024 | Varighet: 5 timer
Vekting: Lesing ca. 25 % | Skriving ca. 75 %
Madame, Monsieur,
Votre dossier sur la « France périphérique » soulève des questions essentielles. Depuis des décennies, les politiques publiques privilégient les métropoles au détriment des territoires ruraux. Le résultat est sans appel : déserts médicaux, fermeture de services publics, exode des jeunes.
Pourtant, ces territoires ne demandent pas la charité ; ils demandent la justice. Quand un habitant de la Creuse doit parcourir 80 kilomètres pour consulter un spécialiste, c'est le principe d'égalité républicaine qui est bafoué.
La crise des Gilets jaunes a révélé l'ampleur de cette fracture territoriale. Il serait irresponsable de l'ignorer une nouvelle fois. L'avenir de la France ne se construit pas uniquement dans les centres-villes gentrifiés de Paris et Lyon.
Bien cordialement,
Karine Haugen
À l'ère du numérique, la désinformation constitue l'une des menaces les plus insidieuses pour la démocratie. La prolifération des « fake news » sur les réseaux sociaux mine la confiance des citoyens envers les institutions et fragilise le débat public.
Le texte 1 analyse le rôle des algorithmes dans la diffusion de contenus trompeurs. En privilégiant les publications qui suscitent des réactions émotionnelles fortes, les plateformes numériques créent des « bulles de filtre » qui enferment les utilisateurs dans des univers informationnels homogènes et polarisés.
Cependant, le texte 2 rappelle que la désinformation n'est pas un phénomène nouveau. Les régimes totalitaires du XXe siècle ont largement exploité la propagande. Ce qui est inédit, c'est la vitesse et l'échelle de la diffusion permises par les technologies numériques.
Il convient de distinguer les réponses possibles : la régulation des plateformes, certes nécessaire, ne suffira pas si elle n'est pas accompagnée d'un investissement massif dans l'éducation aux médias. C'est dès l'école que les citoyens doivent acquérir les outils critiques leur permettant de distinguer l'information fiable de la manipulation.
Le français est-il une langue de libération ou d'oppression ? Cette question, qui peut sembler provocatrice, est au cœur de la réflexion postcoloniale dans le monde francophone. Car la langue de Molière est aussi la langue de la colonisation – celle dans laquelle furent rédigés les décrets d'assimilation, les lois de l'indigénat et les justifications de l'entreprise coloniale.
L'écrivain algérien Kateb Yacine résumait cette ambiguïté par une formule saisissante : le français est un « butin de guerre ». Loin de rejeter la langue du colonisateur, il la revendiquait comme un outil de combat, une arme retournée contre le système qui l'avait imposée. Cette posture de réappropriation subversive caractérise toute une génération d'écrivains francophones : Senghor, Césaire, Kourouma, Djebar.
Aujourd'hui, la question se pose en des termes différents. Dans de nombreux pays africains, le français coexiste avec des dizaines de langues locales dans un rapport souvent inégal. L'accès à l'éducation, à l'administration et à l'emploi passe encore largement par la maîtrise du français – ce qui crée une forme de discrimination linguistique au sein même des sociétés postcoloniales.
Cependant, il serait réducteur de ne voir dans la francophonie qu'un vestige colonial. La littérature francophone contemporaine – d'Alain Mabanckou à Leïla Slimani, de Dany Laferrière à Gaël Faye – témoigne d'une vitalité créative qui transcende les frontières et les catégories héritées de l'histoire.
En dernière analyse, le français n'appartient à personne et appartient à tous ceux qui le parlent. L'enjeu n'est plus de savoir à qui appartient la langue, mais de garantir que tous ses locuteurs disposent des mêmes droits et des mêmes possibilités de la faire vivre selon leur propre voix.
Le marché Sandaga de Dakar est un monde en soi. Un monde de couleurs, de cris, d'odeurs entremêlées – mangue mûre, poisson séché, encens et diesel – qui vous saisissent dès l'entrée et ne vous lâchent plus.
Je m'y suis aventurée un mardi matin, guidée par Aminata, ma famille d'accueil, qui naviguait entre les étals avec l'assurance d'un capitaine dans sa propre mer. « Il faut marchander, m'a-t-elle prévenue. Si tu paies le premier prix, le vendeur sera déçu – il aura l'impression que tu ne t'intéresses pas vraiment à sa marchandise. »
Cette philosophie du marchandage m'a fait comprendre quelque chose d'essentiel sur la culture sénégalaise : l'échange commercial n'est pas une simple transaction, c'est une relation sociale. On prend le temps de se saluer, de s'enquérir de la famille, de commenter l'actualité. Le prix se négocie dans un ballet de fausse indignation et de complicité souriante qui est, en réalité, une forme de courtoisie.
En norvégien, nous avons un mot pour cette efficacité silencieuse qui caractérise nos interactions quotidiennes : « smidig ». À Dakar, j'ai découvert que la lenteur pouvait être une forme de respect – le respect de reconnaître que la personne en face de soi mérite autre chose qu'une transaction muette et pressée.
Je suis rentrée ce jour-là avec un tissu wax, trois mangues et le sentiment étrange d'avoir appris, dans un français mêlé de wolof, quelque chose que dix années de cours n'avaient pu m'enseigner.